Détails du film


Chikamatsu monogatari (Amants Crucifiés, Les)
poster Réalisateur: Kenji Mizoguchi
Acteurs: Kazuo Hasegawa, Kyôko Kagawa, Eitarô Shindô, Eitarô Ozawa, Yôko Minamida, Haruo Tanaka, Chieko Naniwa, Ichirô Sugai, Tatsuya Ishiguro, Hiroshi Mizuno, Hisao Toake, Ikkei Tamaki, Kimiko Tachebana, Keiko Koyanagi, Sayako Nakagami
Pays: Japan
Catégorie: Drama
Année: 1954

Résumé: Japon, 1684. Ishun, un riche fabricant, dirige sa maison avec autorité, refusant de prêter le moindre argent aux membres de sa famille. Sa jeune femme Osan l’a épousé quelques années auparavant pour sauver sa famille de la ruine. Un jour, le frère et la mère de Osan viennent la supplier de demander de l’aide à son mari : des dettes de jeu risquent de déshonorer une nouvelle fois la famille. Mais le mari est intraitable et Osan se confie à Mohei, un jeune calligraphe, qui contrôle également les comptes de la boutique. Mohei accepte de faire un faux pour prêter à Osan la somme d’argent, en secret de son mari. Leur relation est marquée du respect d’un employé pour la femme de son maître. Ce jour-là, on a vu passer dans la rue une procession, un couple adultère condamné à la crucifixion.
Commentaire: Le début des Amants crucifiés est un récit d’intérieur, où Mizoguchi joue, avec simplicité, d’une extrême précision de la mise en scène. Il compose l’espace en s’appuyant sur l’architecture intérieure des habitations japonaises : cloisons, tatamis, portes coulissantes, couloirs. Il met en scène la domination masculine du maître, le poids de la tradition, les relations hiérarchiques, par la mise en scène des corps (avances à l’une de ses servantes du maître allongé sur sa couche, prosternation des employés pour saluer le maître qui passe…).

Mohei donc accepte de faire un faux, mais bientôt, pris de remords, il se jette aux pieds du maître. Osan s’élance pour avouer à son tour, mais une servante, amoureuse de Mohei fait porter l’origine de la faute sur elle. Mohei est enfermé, il s’enfuit. Dans la nuit, il croise Osan, qui elle aussi fuit. Elle a appris les avances du maître sur sa servante, elle refuse la soumission. « Je veux m’en aller loin d’ici et toi, où veux-tu aller ? ». Osan veut partir avec Mohei, il lui rappelle le jugement des amants à Osaka. Subtils conflits intérieurs, mises en scène sous la lumière de la lune, après la traversée d’une rivière, où, première proximité des corps, Mohei a porté Osan.

« Que le sort des humains est donc étrange. Un changement radical en un seul jour ! ». Les mots d’Osan, complainte poétique, comme imprégnée du chant d’un chœur de tragédie, disent la transformation du récit. C’est maintenant la fuite des amants à travers le pays et la nature. Amants pudiques, où les sentiments sont encore cachés : Mohei refuse de partager la couche d’Osan, dans une auberge. Dans les maisons respectives des deux membres du couple, on s’inquiète pour l’honneur de chaque famille, on espère un suicide silencieux qui ne troublerait pas l’ordre public.

Mohei et Osan errent sur la route, fuyant les contrôles. Bientôt, en un instant de désespoir, la jeune femme refuse d’être une éternelle fugitive. Supplications, pleurs, nuit, lumière lunaire, glissement d’une barque sur l’eau, préparation du suicide des amants… « Etes-vous prêtes ? ». Elle pose sa main sur son épaule. Il enroule une corde autour de son corps. « Je vous ai toujours aimé de tout mon être. Vous m’en voulez ? ». Ultime parole ? « Ton aveu change tout, je veux vivre ! ». Magnifique mise en scène des aveux amoureux, au moment même d’une tension tragique, dans un basculement qui laisse surgir les sentiments. Superbe oscillation dramatique entre drame et espérance.

Alors, le couple repartira sur la route, sera recueilli dans la forêt (importante thématique de la forêt comme lieu de la fuite, chez le cinéaste : cf. par exemple Le héros sacrilège) par une vieille, cherchera refuge chez le père de Mohei, car de partout des hommes les cherchent, envoyés en secret des autorités par le mari, qui craint le déshonneur et ses conséquences commerciales. Les amants sont arrêtés, séparés, se retrouvent, s’étreignent pour être trahis au final, par leurs proches.

Dans la rue une procession, un couple adultère condamné à la crucifixion, Mohei et Osan.

Avec la mise en scène de ce fait-divers, Mizoguchi suggère l’aliénation tragique des amants, filmés toujours avec pudeur, pris au piège de la tradition, du souci des apparences, des complots pour le pouvoir ou pour l’argent, pris au piège de la société.
Langue: Japanese
Sous-titres: English/French
Durée: 102 Min
Format vidéo: XviD MPEG-4 Codec
Format audio: MPEG Layer 3 (MP3)
Nombre de CD: 1